Quand la chance sabote votre manuscrit et affaiblit votre intrigue

« Ah ! Comme par hasard, c’est bien pratique non ? »
Vous êtes-vous déjà fait cette réflexion à la lecture d’un livre ? Vous savez, ce moment où le personnage est dans une position difficile, mais où par un coup de chance, il parvient à s’en sortir ? Et là, ce sentiment arrive, celui qui brise la tension, qui vous sort brutalement de l’intrigue et vous fait prendre conscience que vous lisez un manuscrit construit artificiellement ?
Le plus connu est bien sûr le deus ex machina, ce procédé narratif qui résout un conflit par une intervention extérieure providentielle, souvent décrié par le lectorat. Cependant, le hasard et la chance peuvent s’insinuer dans votre histoire de manière plus sournoise.
Le hasard pose problème quand :
- Il résout les conflits trop facilement
- Il révèle la main invisible de l’auteur
- Il rompt la tension narrative
Le hasard est accepté quand :
- Il lance l’intrigue (élément perturbateur en début de récit)
- Il complique la vie de vos personnages (malchance qui augmente la tension)
Comment éviter l’utilisation du hasard :
- Évitez l’utilisation des mots « par chance », « par hasard », « heureusement », etc.
- Remplacez le hasard par la préparation narrative : semez des indices en amont
Besoin d’une bêta-lecture professionnelle ?
Comment le hasard fragilise votre histoire et brise la tension narrative
Le problème de l’utilisation de la chance, du hasard ou de l’instinct dans un manuscrit, c’est qu’il révèle la main invisible de l’auteurice qui tire les fils de l’intrigue.
En tant que lectrice, dès que je vois les termes « par chance », « heureusement », « par hasard » ou « sans savoir pourquoi » je me dis que c’est une facilité scénaristique et cela me frustre. Je n’ai pas envie de lire une histoire où tout se déroule bien « par chance ». Je veux voir le personnage lutter pour s’en sortir. Je veux que la victoire soit méritée !
Le pire, c’est quand cette chance concerne des éléments secondaires qui n’ont pas d’importance. Je me retrouve expulsée de l’histoire pour un détail. Par exemple, lors d’une bêta-lecture je me souviens d’un manuscrit où l’héroïne parcourait le monde à cheval. À un moment, celle-ci est attaquée pendant qu’elle dort. Elle parvient à s’en sortir et là, l’autrice glisse une phrase toute bête : « Par chance, sa monture ne s’était pas éloignée. » Là où je n’aurais sans doute pas prêté attention au fait que le cheval ne s’était pas enfui, l’utilisation du « Par chance » m’a tout de suite fait me dire « Oh ! C’est pratique quand même ça ! ». Ensuite, dès qu’un combat avait lieu, je trouvais bien pratique que le cheval ne s’échappe pas. C’était un détail, mais ça m’empêchait de profiter pleinement de l’histoire.
Pour autant, il est évident que la chance et le hasard peuvent intervenir dans votre roman. Le tout est de ne pas en abuser et de ne pas mettre l’accent dessus lorsque vous le faites.
Les moments où l’utilisation du hasard est justifiée dans votre histoire
Il existe des moments où l’intervention de la chance ou du hasard est facilement pardonnée par le lectorat.
L'élément perturbateur : quand le hasard lance votre intrigue
Vous êtes au tout début du roman et votre paysan tombe « par hasard » sur un œuf de dragon ? Votre héroïne reçoit un message qui ne lui était pas destiné et qui l’oblige à sortir de sa petite vie confortable ? Vos deux amoureux se retrouvent bloqués dans l’ascenseur alors qu’ils auraient dû s’ignorer ?
Ce sont autant de moments qui sont acceptés par le lectorat, car ils lancent l’action. Ils représentent l’élément perturbateur, l’incident déclencheur. Sans eux pas d’histoire. Dès lors que l’élément de hasard arrive tôt et qu’il est unique, votre lectorat vous pardonnera son utilisation.
Selon Yves Lavandier dans La Dramaturgie, l’important est que l’incident hasardeux déclenche l’action mais, dès lors que cette action est lancée, il faut éviter autant que possible le recours à celui-ci.
Quand le hasard complique l’histoire
Il est possible d’utiliser le hasard ou la malchance pour mettre vos héros en difficulté. Vos personnages sont en train de se cacher sous le lit et leur poursuivant fait tomber une pièce au sol à ce moment ? C’est de la malchance et du hasard, mais, comme il augmente la tension, le lectorat ne le relèvera pas.
Attention cependant à ne pas accumuler les malchances (sauf si vous le faites consciemment, par exemple dans un but d’humour), car cela pourrait créer un diabolus ex machina, c’est-à-dire un élément qui arrive d’un coup sans préparation (et qui n’est pas l’élément perturbateur). Même si cela ajoute une difficulté à vos héros, cela pourrait faire froncer les sourcils à vos lecteurices qui se diront que c’est un peu « trop gros ».
Comment remplacer le hasard par la logique narrative
Repérer le hasard qui fragilise votre manuscrit
Pour éviter de faire appel à la chance ou au hasard sans le vouloir, la première étape consiste à repérer ces moments : rechercher les mots « hasard », « chance », « heureusement », et vérifier leur pertinence. Ne serait-il pas possible de les supprimer ? En relisant votre manuscrit, vous pouvez également chercher les scènes qui se résolvent trop facilement.
Remplacer le hasard par la préparation narrative dans votre manuscrit
Une fois que vous avez identifié les scènes qui posent problème, réfléchissez à un moyen de les résoudre sans passer par la chance. Pour cela, vous pouvez intégrer des éléments plus tôt qui donneront à votre personnage les compétences nécessaires à cette résolution. C’est l’occasion d’éviter l’écueil d’un personnage trop passif en lui donnant un rôle actif dans la résolution d’un problème. Ou vous pouvez semer des indices qui rendront ce hasard ou cette chance logique.
Si on reprend l’exemple de l’héroïne et de son cheval, cela pourrait passer par une scène montrant que le cheval est entraîné à ne pas paniquer. Une autre possibilité serait de montrer, un peu plus tôt, la manière dont l’héroïne entrave sa monture pour la nuit.
Le hasard comme signe d’un manque de préparation narrative
Vous l’aurez compris : le hasard qui sauve vos personnages est rarement une bonne solution. Mais, attention à ne pas tomber dans le piège inverse qui consiste à vouloir tout justifier au risque de se retrouver avec une histoire mécanique, sans magie.
C’est là qu’intervient l’importance de la préparation narrative qui consiste à semer des éléments de justification au fil de l’histoire, parfois plusieurs chapitres avant une scène spécifique pour donner cette impression de cohérence et de logique au lecteur.
Vous avez un doute sur la cohérence de votre intrigue ? Vous craignez d’avoir trop recouru à la chance ? Je vous aide à identifier les moments où le hasard est gênant et vous propose des pistes de réflexion pour améliorer votre manuscrit.

Bonjour, je suis Nadège, accompagnatrice d’auteur·ices et autrice.
Mon job ? T’accompagner pour que ton manuscrit atteigne son plein potentiel tout en respectant ta vision.